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Evaluation de l'enquête

de satisfaction

  Résultats chiffrés Bibliographie  

1ER COLLOQUE NATIONAL SF COACH

 

TABLE RONDE : Le coaching, phénomène de société

 

Vincent de Gaulejac

Les avatars de la gestion de soi

Sous une apparence pragmatique, la gestion constitue une idéologie qui légitime une approche instrumentale, compétitive et utilitariste de l'homme. Les « gestionnaires » installent en fait un nouveau pouvoir managérial. Il s’agit moins d'un pouvoir autoritaire et hiérarchique que d'une incitation à l'investissement de soi illimité dans le travail pour tenter de satisfaire ses penchants narcissiques et ses besoins de reconnaissance. Il s’agit d’instiller dans les esprits une représentation du monde et de la personne humaine, en sorte que la seule voie de réalisation de soi consiste à se jeter à corps perdu dans la « lutte des places » et la course à la productivité.

 

Or, pour comme pour mieux assurer son emprise, cette logique déborde hors du champ de l’entreprise et colonise toute la société. Aujourd’hui, tout se gère, les villes, les administrations, les institutions, mais également la famille, les relations amoureuses, la sexualité, les émotions… Le Moi de chaque individu est devenu un capital qu'il doit faire fructifier.

 

La gestion de soi devient un impératif relayé par bon nombre de "spécialistes" des relations humaines qui trouvent là un marché juteux. Face au stress, à l'épuisement professionnel, à la quête inassouvie de reconnaissance, à la dépression, aux angoisses de ne pas réussir, la demande d'aide est croissante. Ces spécialistes sont alors confrontés à une contradiction entre le souci de répondre à des demandes qui s'expriment individuellement et le constat que ces symptômes sont générés par un contexte social sur lequel ils n'ont pas de prises. Ils risquent ainsi de contribuer à une psychologisation des problèmes sociaux.

 

 

Stéphane Haefliger

 

Le coaching impossible des politiques

Le coaching ne s'adresse désormais plus uniquement aux dirigeants d'entreprises privées. Le secteur public, pourtant plus conventionnel, s'abandonne peu à peu à des coachs qui accompagnent hauts fonctionnaires comme ministres en exercice. Normal, pensons-nous, que les politiques sacrifient également à la mode du coaching : ne se sont-ils pas entourés depuis des millénaires de scribes, d'haruspices, d'experts, de conseillers et de consultants en tout genre et tout domaine ?

En fait, la question mérite d'être développée. Et il est plutôt étrange que les coachs essaiment dans les administrations helvétiques, pour deux raisons principales :

 

1. Le tiers : le coach perçu comme danger relationnel pour l'Etat Major du politique

La culture administrative helvétique reste très conservatrice et les instances de contrôle et de régulation extrêmement présentes. C'est ainsi que les procédures sont nombreuses et tendent à verrouiller tous les risques de dérapage du système. Dans cet univers extrêmement balisé, le coach est perçu avant tout comme un danger relationnel : premièrement, il est une figure par excellence du "flou professionnel" à l'identité imprécise ; la relation entre le cabinet politique et le coach s'opère alors sur le registre de la méfiance. Deuxièmement, le coach est un tiers hors système, donc dangereux, car il peut influer sur le jeu subtil des équilibres du pouvoir, patiemment constitués, au sein des équipes du cabinet.

 

2. Le double : le coach perçu comme danger psychologique pour le ministre

Les hauts fonctionnaires et les ministres sont des personnages constamment courtisés. Au cœur des réseaux d'influence qu'ils influencent, ils restent, malgré tout, seuls et confrontés à la douloureuse difficulté de la prise de responsabilité. Le coach et le conseiller personnel sont finalement les seuls collaborateurs qu'ils peuvent choisir contractuellement. Le danger est alors que le consultant du pouvoir abuse du pouvoir du consultant et génère, par son influence psychologique, des liens de dépendances suffisamment élaborés pour que le coach devienne le double du ministre, par un subterfuge de substitution symbolique.

 

Odile Piriou

 

La psychologisation des rapports sociaux : le coaching, critique ou réforme ?

Sociologue, Odile Piriou mène des recherches sur l’expertise en sciences humaines et sociales. Sa réflexion sur le coaching s’intègre dans ses tentatives de compréhension et d’explicitation des nouvelles démarches d’intervention dans les organisations. Dans sa communication, elle portera une réflexion sur la place, les pratiques et la posture des coachs, dans l’univers des professionnels « opérateurs du développement ». Quels sont les contextes et mouvements plus généraux qui soutiennent l’extension et la légitimité de ces pratiques ? Quelles sont les spécificités des coachs par rapport aux autres professionnels de l’intervention ? Quelles sont les différentes tensions et dynamiques qui organisent leurs postures, leurs pratiques, leurs engagements, leurs rapports au pouvoir, leur autonomie ? Voici quelques-unes des questions auxquelles Odile Piriou apportera des amorces de réponse. Sa communication s’appuiera sur des observations de terrain menées plus largement dans le domaine de l’expertise en sciences humaines et sociales, sur des entretiens auprès de coachs et des lectures critiques.

 

TABLE RONDE : Le coaching avant le coaching

 

 

François Proust

 

Moïse ou Marilyn ? Socrate et Aimé Jacquet

La pensée commune nous fournit trois origines au coaching : compétition sportive, art dramatique, Socrate. Interroger ces trois origines et montrer comment des techniques réglées se reconfigurent, biaisées, dans la pratique du coaching en entreprise. Par exemple, la référence lancinante à Socrate repose sur un malentendu ou mieux sur un «mallu». Et quid des Epicuriens et de Georges Friedmann, le créateur de la sociologie du travail, qui pratiquaient le coaching en équipe de préférence au coaching d’équipe ? Comment cette pratique «aimable» du coaching qui prône la non-directivité au nom de la constitution du sujet, et le questionnement contre l’affirmation («ask» dit-on aux Etats-Unis contre «tell») peut-elle se référer à Socrate, jugé si subversif qu’il fut condamné à mort par la démocratie athénienne ! Chemin faisant, nous trouverons une quatrième origine, le compagnonnage, non pas vieux comme les corporations, mais vieux comme la socialisation et la transmission familiale. Alors, nous pourrons d’une conférence faire un cabinet d’essayage d’idées : le coaching ne serait-il pas à l’économie immatérielle et à celle des services l’enfant moderne de ce qu‘était le compagnonnage à la production des biens ? Le coaching ne serait-il pas un avatar du learning dont les militants s’opposent au camp du teaching ? Teaching et learning, puisque le verbe «apprendre» est polysémique, ce que le substantif «apprentissage» n’est pas, s’instituent les deux mamelles auxquelles se nourrit aujourd’hui la polémique sur l’école. Teaching et learning, deux slogans brandis, le premier par le camp dit des Républicains avec Chevènement, le second par le camp dit des psychologues. Le coaching apparaît dans les années 1980. 1880, apparaît cette exception française qu’est l’école. Au moment où la République invente l’école avec Jules Ferry, la contre-culture s’affaire sous l’étendard de «l’école nouvelle». Elle oppose le lieu commun de l’épanouissement de l’enfant aux tyrans des contenus et de la dictée. Epanouissement de l’enfant dont la condition serait l’expérience de la découverte dirigée, sinon manipulée, c’est le coaching. A l’opposé d’une mode, le coaching travaille, depuis les origines, la pensée éducative. Toute innovation en éducation court le risque d’être une amnésie. Cette contradiction entre teaching et coaching est-elle soluble dans l’école ? Le coaching, lui, nous semble déjà dissolu dans l’entreprise.

 

Thierry CHAVEL

Un coach sans histoire ? Le passé d’une utopie

Entre la promesse de développement harmonieux de l’entreprise et de ses membres d’une part, et le phénomène éphémère de narcissisation du pouvoir d’autre part, le coaching est au cœur d’un paradoxe ontologique. A la fois symptôme et prescription de la crise de la représentation dans le société post-industrielle, quelle est la légitimité historique du coach de dirigeant ?

En partant de la pluralité des pratiques de coaching de dirigeant, nous tenterons de cerner ce que la quête des origines nous dit du sens d’une profession émergente.

- Genèse d’un fantasme : la filière humaniste de Socrate aux Modernes

- Un héritage ambigu : l’éminence grise entre politique et spiritualité

- Une utopie réactionnaire : à quelles conditions le coach est-il subversif ?

 

Marie-Christine Bernard

Le guide spirituel : un ancêtre lointain du coach ou un autre du coach ?"

Le guide spirituel est un ancêtre du coach en effet, car l’un comme l’autre se trouve sollicité en raison d’une sagesse acquise par l’expérience et le retour réflexif sur cette expérience. Cette sagesse est capacité d’exercer sa liberté dans une habitude d’éveil et de discernement qui permet de « vivre juste pour atteindre la sérénité » comme on dit de « viser juste pour atteindre sa cible ».

 

Mais le guide spirituel est en même temps l’autre du coach : en effet, le guide et le guidé qui cherchent à faire un chemin spirituel se réfèrent l’un et l’autre à un tiers présent sur le mode de l’absence. Ce tiers, transcendant, reçoit le nom de Dieu dans la tradition chrétienne par exemple, mais il faut toute de suite rappeler que ce terme explosif doit pouvoir être saisi dans ce qu’il veut dire. En l’occurrence ici, il peut être remplacé par Amour, Vie, Esprit. Les traditions spirituelles chrétiennes assument très bien ces équivalences, avec cependant un repérage qui les caractérisent toutes : selon elles, le visage de ce Dieu, Vie, Amour… est celui de Jésus.

 

Le guide spirituel et la personne qu’il guide, cherchent continuellement à se laisser guider (coacher ?) par ce Dieu-là. Le guide spirituel renvoie toujours l’autre à sa propre relation à Dieu et en écoute les échos au lieu même où lui-même cherche à vivre accordé à ce Dieu.

 

Le coach se situe plus comme compagnon, comme « premier de cordée » utilisant son expérience du terrain pour permettre à l’autre de le parcourir.

 

Pour le guide spirituel chrétien, le « premier de cordée », c’est le Christ.

 

TABLE RONDE : Le coaching et les évolutions de l'organisation

 

 

Eugène Enriquez

 

Le coaching, symptôme de l'organisation

Les organisations modernes sont fort difficiles à diriger, gouverner, gérer du fait qu’elles sont devenues non seulement des ensembles opératoires humains mais des systèmes sociaux, culturels, symboliques et imaginaires. Une telle évolution fait peur. D’où la tendance à profiter de la vogue actuelle de l’individualisme et de la psychologisation des problèmes. Il en résulte qu’au lieu d’interroger le fonctionnement des organisations comme le faisaient, chacun à sa manière, les organisations-conseils ou les consultants psychosociologues et sociologues, les directions des organisations tendent à s’entourer de conseils qui essaient les problèmes de la dynamique organisationnelle aux compétences techniques et surtout humaines du personnel (aptitude au leadership et à la résolution de problèmes). Le coaching individuel trouve là sa raison d’être. Dans l’exposé, on tentera d’examiner les aspects positifs de cette approche : mieux tenir compte de la personnalité de chacun et accompagner son développement, comme ses aspects négatifs, sous-estimation de la structure des organisations, du contexte socio-économique, pression à l’efficacité (faire des vainqueurs sur le modèle sportif), instrumentalisation de la psyché des « coaches » par la hiérarchie, développement de l’auto-contrainte et de l’auto-instrumentalisation. On se demandera s’il est possible de créer (et jusqu’à quel point) des dispositifs qui tiennent compte de la réalité des organisations, de la personnalité des personnes accompagnées et de leur désir d’autonomie, qui ne soient pas une application simple d’une psychologie sommaire, strictement adaptative.

 

Christian Lujan

Le conseil personnalisé peut-il favoriser la prévention de la souffrance et de la violence au travail ?

Faut-il reconnaître parmi les demandes de suivi personnalisé des cadres au sein des entreprises, un effet de mode ou entendre l'expression d'une demande d'individuation, dans un univers parfois trop paradoxant, trop autiste ou trop impersonnel ?

Quelles approches des nouvelles formes de la souffrance et de la violence au travail ? Quelles prescriptions ? Quelles interventions pour favoriser des positionnements structurants et s'inscrire dans une approche préventive de la souffrance et de la violence au travail ?

 

Jean-Jacques Wittezaële

Les paradoxes de l'accompagnement

Les entreprises ont aujourd'hui un besoin d'efficacité de plus en plus aigu.

Les dirigeants comptent sur les managers pour être à la hauteur des exigences qu'entraînent l'accélération et la complexification du travail.

Ce phénomène implique un changement dans la communication et les comportements des managers eux-mêmes vers une plus grande efficacité des relations de travail.

L'approche de Palo Alto a mis en évidence l'importance de phénomènes interactionnels évolutifs tels que les relations paradoxales, les escalades symétriques, la complémentarité rigide,... dans la genèse des difficultés psychologiques et relationnelles. Pourtant ces phénomènes peuvent aussi être utilisés à des fins résolutives.

La distinction entre les aspects "processifs" (systémiques) et "réflexifs" (constructivistes) de la communication souligne l'importance des stratégies indirectes pour faciliter le changement. Cela suppose d'intervenir sur les deux registres de la logique des jeux relationnels et sur celui des représentations mentales à l'origine des comportements qui construisent notre réalité relationnelle.

S'appuyant sur les messages "incitatifs" plutôt que sur les illusoires pouvoirs de la "volonté", l'agent de changement peut se laisser guider par le concept fondateur de "tentatives de solution", point de rencontre du processif et du réflexif, pour élaborer des stratégies d'intervention. Non normative et non pathologisante, l'approche de Palo Alto permet une intervention efficiente et respectueuse ; elle recourt à des "injonctions", notamment "paradoxales", pour initier le changement.

Sous cet angle, le stratège n'est plus un manipulateur mais un "sage".

 

CONFERENCE DE CLOTURE

                              

Jean-Claude Kaufmann

Le coaching après le coaching

Le paradoxe du coaching

Le coaching n’est pas une mode. Il s’inscrit dans une profonde mutation historique, qui change le rapport au monde de l’individu. Le maître mot est aujourd’hui l’autonomie : chacun veut pouvoir choisir, dans tous les domaines de sa vie personnelle. Nous passons d’une société où le destin était imposé, à une logique de projets individuels tentant de forcer l’avenir.

L’élargissement des espaces d’invention de soi a une double conséquence. Une éventuelle fragilisation de certains individus. Et une reformulation de l’ensemble du paysage social, les uns et les autres, selon la position qu’ils occupent, n’entrant pas de façon identique dans cette nouvelle dynamique. Mais tous ont la même demande de soutien et d’expertise. Tel est le paradoxe du coaching : le travail d’être soi ne peut se mener efficacement de façon solitaire. Le seul énoncé de ce paradoxe indique les risques possibles : l’intervention extérieure peut à tout moment influencer et contraindre plutôt qu’autonomiser. Mais elle signale également pourquoi le coaching n’est pas une simple mode : plus l’individu veut se responsabiliser et se prendre en charge (processus historique irréversible), plus il doit être soutenu et conseillé.